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Débat final

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Interventions prononcées lors du colloque L'avenir de la dissuasion française du 10 juillet 2006

Benoit D'Aboville
Je voudrais justifier d’un mot ce que je disais de la nécessité d’un débat. La dissuasion a été présentée à l’opinion publique française - et c’était juste - dans le contexte de la guerre froide. D’une part, il s’agissait d’une dissuasion contre des Etats alors que, comme on l’a vu dans notre discussion, aujourd’hui les Etats ne sont plus les seuls acteurs des crises. D’autre part - cela mérite également d’être souligné- la dissuasion visait des cibles mutuellement connues.
Or, l’épisode irakien a montré la difficulté de discerner ce que l’on sait, ce que l’on ne sait pas, ce qu’on ne saura jamais, ce que l’on espère savoir un jour. Ces éléments montrent qu’il est encore plus risqué de se trouver entraîné dans des conflits parce que l’on nous dit : « On sait que ». Compte tenu du contexte international, c’est aujourd’hui un argument puissant pour l’autonomie et l’indépendance. On aurait pu penser, après la chute du mur de Berlin qu’on allait vers un monde beaucoup plus stable où les coopérations pourraient se développer. La diversité des crises, la difficulté de discerner les vrais acteurs, les vrais générateurs du conflit, montrent à quel point il est indispensable de multiplier les efforts au niveau du renseignement humain et du renseignement technique. Cela nous renvoie à ce qui a été indiqué sur la baisse des crédits de l’espace, bien qu’évidemment l’espace ne soit qu’une des approches techniques à l’appui du renseignement.

Amiral Thierry D'Arbonneau
Juste un mot pour dire que les futurs missiles auront des moyens de repositionnement en vol qui amélioreront leur précision pour atteindre leur cible.
Vous avez suggéré de creuser l’idée du missile de croisière embarqué sur le sous-marin Barracuda, je pense qu’il faut creuser la tombe de cette idée : je ne pense pas que la dissuasion augmenterait en crédibilité par le fait d’emporter des armes nucléaires par sous-marin nucléaire d’attaque. Avec un SNLE, on n’est pas obligé de lancer seize missiles, on peut n’en lancer qu’un, on n’est pas obligé de mettre six têtes par missiles. On peut à partir d’un sous-marin lancer une tête unique avec un missile balistique. Quant au vol aérodynamique, c’est déjà fait par les avions. Je ne crois donc pas qu’on augmenterait notre crédibilité en augmentant notre arsenal. Je me demande comment serait compris ce signal et le fait que le sous-marin d’attaque, outil conventionnel, emporte soit des armes conventionnelles, soit des armes nucléaires troublerait inutilement les esprits et la manœuvre politique. Nous créerions l’idée que nous estimons que l’arme nucléaire devient une arme potentielle d’emploi et nous ne devons donner aucun signe allant dans cette direction. Par conséquent, je pense que l’idée qui peut paraître séduisante de doter le sous-marin Barracuda de ce type d’arme est à rejeter.

Jean-Pierre Chevènement
Merci, Amiral, de votre point de vue. Je vous ferai simplement observer que le raisonnement du général Mathe était que le vecteur, l’avion, pouvait être indifféremment porteur de missiles nucléaires et de missiles conventionnels. Ce qui est vrai pour l’avion doit pouvoir l’être pour le sous-marin. La seule raison de ma suggestion, c’est que dans le contexte d’une prolifération accrue, il faut des frappes extrêmement précises si on veut toucher les lieux de pouvoir. Vous m’avez répondu qu’il était possible de repositionner en vol les missiles stratégiques mais j’ai tendance à penser que les missiles de croisière sont précis au mètre près et que le sous-marin stratégique n’enverra pas des missiles aussi précis. J’admets que ce point de vue est tout à fait discutable.

Bruno Tertrais
Monsieur le ministre, vous aviez l’air très inquiet sur la question de l’énergie des armes. Je vais donc y apporter quelques éléments de réponse.
Il y a dans le discours public français des déclarations selon lesquelles l’ensemble a été adapté et que même si l’énergie des armes n’est pas connue, on n’a pas la même gamme d’énergies qu’au temps de la guerre froide. On a pris des dispositions pour que la dissuasion soit plus crédible dans une gamme plus vaste de scénarios.
Une confusion se crée parfois dans l’opinion à cause de la manière dont la question est relayée dans certains organes. Les journalistes ont la détestable habitude de dire que 150 kilotonnes, c’est dix fois Hiroshima. Mais, pour des raisons techniques compliquées, ce n’est pas dix fois Hiroshima en termes d’effets.
Vous avez raison de dire, Monsieur le ministre, qu’Hiroshima, c’était 15 kilotonnes mais, en 1945, les maisons d’Hiroshima étaient en papier et en bois. Aujourd’hui, pour casser une centrale pétrolière, une raffinerie, un nœud de communication, un centre de commandement, il faut des énergies plus fortes.
Enfin, vous l’avez souligné vous-même, on ne peut pas parler de la question des énergie...

Fondation-Res-Publica.org

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