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Premières conclusions de Jean-Pierre Chevènement
Intervention prononcée lors du colloque L'avenir de la dissuasion française du 10 juillet 2006
Je voudrais, non pas pour conclure mais pour ouvrir certaines problématiques, développer quelques réflexions.
D’abord, il me semble que la question du maintien de la dissuasion après 2015 ne se pose pas parce que le temps de la Défense est le temps de la très longue durée. Je rappelle que des décisions ont été prises concernant la dissuasion française, la confection d’armes nucléaires par Pierre Mendès-France en 1954 et par Guy Mollet en 1956 [ce dernier ayant été, paraît-il, très difficile à convaincre]. Plus tard, le général De Gaulle fut beaucoup plus convaincu. Ces décisions ont été prises il y a plus de soixante ans. Nous devons maintenir ce cap, ce n’est pas coûteux, c’est possible et, dans un monde dangereux, c’est le bon sens. D’abord, le nucléaire ne va pas disparaître. Ai-je besoin de dire que ni la Russie, ni la Chine, ni l’Inde, ni le Pakistan, ni Israël ne vont renoncer au nucléaire. L’invasion de l’Irak a été une incitation supplémentaire pour la prolifération, on le voit bien avec l’affaire iranienne. Quant aux Etats-Unis, ils disposent d’environ 7000 têtes, comme d’ailleurs la Russie et ils sont encore loin de notre posture qui est celle de la stricte suffisance. La France a fait des pas considérables dans ce sens. Je n’y reviens pas, cela a été dit. L’hypothèse d’une poursuite de la prolifération à partir d’Etats proliférateurs comme la Corée du Nord ou le Pakistan ne peut pas, hélas, être exclue et chacun voit bien que la possession d’armes nucléaires par l’Iran peut entraîner la tentation, pour un pays comme l’Arabie Séoudite, de s’en doter à son tour, sauf à s’en remettre complètement et absolument à la protection américaine. Certes c’est aujourd’hui le cas mais la tentation peut exister d’y échapper, non seulement pour l’Arabie Séoudite, mais peut-être d’autres pays dans le monde arabe (Egypte) ou dans la région (Turquie) avec un effet déstabilisateur majeur. Un mot sur la dissuasion française. Si un acteur stratégique européen majeur doit se créer au XXIe siècle, c’est parce que la France aura maintenu assez longtemps son effort. Compte tenu de ce que nous savons sur les difficultés de construire un pouvoir politique qui suppose l’existence d’une communauté politique et d’une identité forte et sur le fait que la dissuasion nucléaire repose toujours, en définitive, sur la décision d’un homme, on peut douter qu’il puisse se constituer une dissuasion nucléaire à vocation européenne autrement qu’à partir de la dissuasion française et à partir d’un certain partage des rôles, étant donné qu’apparemment personne ne nous le conteste. Je ne reviens pas sur les principes de la dissuasion, ils doivent être maintenus. Ils s’appliquent aux Etats et ne visent pas des groupes terroristes. La dissuasion n’a de sens que pour protéger un intérêt vital. Cette notion, à mon sens, doit être comprise dans un sens strict. Nous avons un jour abordé, avec l’ambassadeur d’Aboville, la question de nos lignes d’approvisionnement stratégique. N’est-ce pas plutôt à la Marine qu’à la dissuasion d’assurer une certaine protection de nos approvisionnements dans le Golfe? Cela paraît assez évident. Les armes nucléaires sont des armes de non emploi, des armes d’interdiction, elles doivent rester calibrées comme telles. Sur l’engagement de non usage en premier, l’ambassadeur Dejammet a développé un exposé tout à fait précis qui vient étayer notre capacité de dissuasion. Pour autant je ne suis pas complètement satisfait par ce qui a été dit sur l’adaptation de notre dissuasion à un contexte stratégique marqué par la prolifération. Nous ne sommes plus à l’ère de la bipolarité, les risque de confrontation n’ont pour autant pas disparu, y compris sur le continent. La disparition de l’URSS a laissé des situations très instables : l’Ukraine, le Caucase, je ne parle pas des minorités russes dans les pays baltes, je n’évoque pas l’Asie centrale, je n’ai pas parlé des Balkans (un problème provisoirement gelé mais qui existe toujours). Tout cela se produit dans un contexte dit de « guerre des civilisations », un concept qui n’est pas celui de la France mais la radicalisation du monde musulman est une question qui doit nous préoccuper. Il me semble que la diplomatie et la Défense vont de pair, la diplomatie doit être la première. Le maintien et le développement d’un partenariat stratégique avec la Russie me paraissent être la condition du maintien d’un équilibre pacifique sur le continent. Avec le monde arabe, notre voisin, rien n’est plus important que d’approfondir le dialogue et la coopération. Pour autant, il n’est pas envisageable de baisser la garde : Une capacité de défense autonome doit être maintenue, tout d’abord parce que le risque que la France soit entraînée dans une guerre « qui ne serait pas la sienne », pour parler comme le général de Gaulle, existe toujours. Il faut, par conséquent, avoir la capacit... Fondation-Res-Publica.org
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